Feu de camp

C’est la première nuit du camp d’été de son école. Tout le monde se rassemble autour du feu. Une musique forte s’échappe de de la radio du doyen. Elle l’a repéré dans la foule. Il s’assoit tout seul sur le banc. Qui est-il ? Elle demande à son ami. C’est le professeur de musique qui vient d’être transféré dans notre école le semestre dernier, il joue de la guitare. Il est beau, elle lui dit. Son ami rit, il lui donne un petit coup de coude, 50 euros si tu lui demandes de sortir avec toi. Elle sourit d’un air suffisant. Elle se sépare de son ami et se dirige vers l’homme. Elle s’assied à côté de lui. Elle n’est pas intimidée. Elle dit, sans le regarder, je me demande quelle chanson ils jouent. L’homme se retourne, il la dévisage pendant deux secondes. La jeunesse brille sur son visage, ses lèvres rouges, ses cheveux courts bouclés, la bretelle de son débardeur glissant sur son épaule.

Elle aussi le regarde, avec audace. La réflexion du feu danse dans ses grands yeux sombres. Elle étudie le visage de l’homme pour la première fois et pendant deux secondes, qui lui paraissent une éternité, elle croit voir le coin de ses lèvres soulevées. L’homme est grand mais un peu mince. Il a l’air dans sa trentaine. Peut-être n’est-il pas encore marié. Elle ne voit pas la bague sur son annulaire. La chanson est “Smoke on the water”, il lui répond. Il détourne son regard d’elle, dirige sa tête vers le feu. Il tapote ses doigts au son de la mélodie, des doigts de guitariste, avec leurs bouts plats et calleux. Ses cheveux balayés sur le côté, quelques mèches tombent sur son front large.

L’air est chaud, rempli d’arômes de bois brûlé. Le ciel de l’été est clair, plein d’étoiles. Les élèves rient joyeusement, se trémoussant au son de la musique. L’homme semblait calme et content. Vous n’êtes pas dans ma classe. Non, je ne le pense pas. Il lui demande, vous profitez bien de ce camp ? Ça va, je me suis bien amusée. Elle redresse ses jeans troués. Elle se parle à elle-même, aujourd’hui, quand je descendais la colline, je suis passée devant ce café qui diffusait Deep Purple. Elle murmure en le regardant, je pense que je vais me faufiler dans ce café quand tout le monde sera endormi. Vous savez que c’est interdit ? Oui, je sais. Je peux vous accompagner, il suggère. Cela ne me dérange pas, répondit-elle avec un peu d’amusement.

(In the style of Marguerite Duras)

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